Dr. A. (Ada) Dorothy Turville 1895-1975

Présidente de la FCFDU de 1940 à 1943

“L’intolérance est incompatible avec l’esprit humain.”

 

Dorothy Turville, la huitième présidente de la FCFDU, est une éducatrice hors pair, une mécène reconnue du domaine des arts, une femme dévouée à l’Église et un chef de file dans la promotion des organisations et des enjeux féminins. Elle enseigne les langues romanes à l’Université Western Ontario pendant 13 ans et est aussi doyenne des étudiantes. Érudite et professeure dévouée, la communauté universitaire la connaît sous le nom de Dre Dorothy. De forte personnalité, elle est vive d’esprit, digne, en contrôle et brillante. Dans tous ses rapports, elle fait preuve d’une grande confiance en elle, en l’esprit humain et en son Dieu. Idéaliste à une époque où les idéaux s’écroulent, elle croit en la vérité, la foi, l’excellence et la beauté et s’y dévoue entièrement, convaincue qu’il est possible de transcender les difficultés et les circonstances de la vie pour générer un monde meilleur.

Née au sein d’une famille connue de London, en Ontario, en 1895, Dorothy obtient un baccalauréat en anglais et histoire (mention très honorable) de l’Université Western en 1917. Elle poursuit ses études à l’Université Columbia, où elle obtient une maîtrise en langues romanes en 1921, puis un doctorat en 1925. En 1924, alors qu’elle achève son doctorat, elle réintègre l’Université Western Ontario, comme membre du corps professoral cette fois. En 1925, elle publie French Feminine Nouns Derived from Latin Neuter Plurals, un ouvrage qui est depuis associé à son nom. En 1926, elle rédige un livre de voyages, Travel Articles with Illustrations, publié par le London Free Press. Elle se rend à la Sorbonne de Paris, en France, et à Florence, en Italie, pour poursuivre ses études sur les langues romanes. En plus d’être maître de conférences, puis professeure, en langues romanes, elle devient conseillère en enseignement puis elle est nommée vice-doyenne des étudiantes en 1933. En tant que conseillère puis doyenne, les étudiantes la consultent pour des problèmes sociaux, d’étiquette, d’études, de finances et autres. Le message qu’elle leur transmet est conforme à ses convictions : « Votre tâche est de tirer le meilleur de vos années ici ». Dorothy croit fermement à l’importance des sciences et de la formation, si bien qu’elle quitte son poste de doyenne des étudiantes en 1946 parce qu’elle croit qu’il devrait revenir à une personne scientifiquement formée pour dispenser des conseils professionnels. Elle continue d’enseigner à l’Université Western, où elle accomplit un travail extraordinaire en tant que professeure au Département des langues romanes puis, une fois retraitée, comme agente de liaison pour l’Association des anciens (Coates et Berton, p. 52).

Toute sa vie durant, son apport pour mettre en place et contribuer au développement d’organisations en faveur des intérêts féminins est impressionnant. En plus de sa double fonction à l’Université Western et d’être membre du club de la FCFDU de London, elle est membre fondatrice de l’Association des doyennes des étudiantes en 1936, présidente de l’Alliance française, active auprès des Dames auxiliaires de l’Église anglicane, membre du conseil national de la FCFDU et présidente nationale de la FCFDU. Elle s’implique aussi grandement dans la FIFDU et est fière d’assister à toutes ses triennales, sauf une, à compter de 1932. Ses expériences de voyages et d’études en Europe, ainsi que sa présence régulière aux réunions de la FIFDU, lui apportent une connaissance considérable et une grande affection pour le vieux continent. Ceci l’amène en retour à jouer un rôle pour inciter les membres de la FCFDU à venir en aide aux Européennes pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dorothy atteint la notoriété comme conférencière à partir des années 1930. Ses multiples rencontres avec des Européens et leur culture lui fournissent une pléthore d’histoires à raconter. On la sollicite pour ses talents de conteuse, mais aussi d’oratrice possédant une grande connaissance de pays tels que la Suède, la France, l’Italie et la Pologne. Son expérience lors de la triennale de la FIFDU à Cracovie, en Pologne, en 1936, instille chez elle une considérable sympathie pour les Polonaises, un sujet sur lequel elle est souvent invitée à parler. Elle est convaincue que l’une des grandes causes de l’incompréhension entre les pays d’Europe est la confusion qui règne à propos des devises.

Dans le rapport qu’elle rédige en 1937 à titre de secrétaire de l’adhésion nationale (1937-1940), elle fait preuve d’une pensée visionnaire en assurant aux membres de la FCFDU que les dossiers transmis au bureau national seront « conservés et serviront de source lors de la compilation de l’histoire des réalisations féminines » (« Triennial », p. 20). Elle ne cesse de croire au pouvoir des femmes et à la nécessité d’utiliser leurs nouveaux privilèges (par exemple le droit de vote) pour faire changer les choses. Dans un article publié en 1939 dans le journal de l’Université Western, elle presse les femmes de participer à la vie politique et notamment d’assumer leurs responsabilités en votant : « Les femmes doivent apporter leur propre contribution au vote sans suivre la tradition des électeurs masculins ». Hors de question de voter selon les traditions familiales ou pour faire plaisir aux maris, aux père ou aux frères pour Dorothy Turville!

Elle devient présidente de la FCFDU en 1940, alors que les ravages de la Seconde Guerre mondiale représentent une menace pour plusieurs fédérations européennes affiliées à la FIFDU, certaines étant contraintes de disparaître et d’autres se trouvant considérablement affaiblies. Au même moment, à plusieurs reprises dans le Chronicle, elle encourage les Canadiennes à être fières de leur affiliation avec la FIFDU. En tournée au Canada, elle répète aux membres de la FCFDU de se rappeler « les femmes nobles détenues dans les prisons d’Hitler » et les presse de faire preuve de leadership, de continuer à soutenir les bourses d’études internationales, de venir en aide aux réfugiés et d’appuyer la paix. Les activités de guerre sont prioritaires au cours de cette période. Des membres de la FCFDU de partout au Canada occupent des postes de direction ou travaillent directement pour la Croix-Rouge, dans des cantines ou d’autres centres de service et deviennent membres de diverses divisions féminines de services actifs. Plusieurs clubs expédient des colis de vêtements destinés aux réfugiés. Dorothy incite aussi la FCFDU à lancer des projets comme le financement d’une cuisine de campagne à envoyer outre-mer. En 1942, la FCFDU accepte d’être moralement associée « au message de Noël des Canadiennes diffusé par la BBC aux femmes et aux enfants de France par l’intermédiaire de France libre » (« Report », p. 13). Sous les auspices de sa direction, des plans complexes sont élaborés pour héberger temporairement les enfants de diplômées britanniques. Ces plans sont toutefois interrompus quand le gouvernement britannique interdit de telles évacuations devenues trop dangereuses (Heakes).

Pendant la guerre, de nombreux clubs européens sont dissous, la triennale de la FIFDU est annulée et une rencontre régionale nord-américaine a lieu à La Havane en novembre 1941. Des présidentes de clubs européens auparavant membres de la Fédération transmettent en cachette des renseignements à leurs organisations sœurs et certains groupes, notamment en Suède, tentent de bloquer l’interférence nazie dans les messages, transmettant de vraies informations comme ils peuvent. Dorothy fait valoir que les membres de la FCFDU (et par extension de la FIFDU) doivent être prêtes à bâtir un monde nouveau quand la guerre fera place à la paix, ce qui ne pourra se faire sans l’éducation, en particulier dans le cas des jeunes fascistes et nazis. Elle s’inquiète tant des effets de la guerre sur l’éducation qu’elle encourage les membres de la FCFDU à envoyer des textes classiques français en France, en Tchécoslovaquie et en Pologne à la fin de la guerre « pour restaurer les ressources éducatives » (« Did You Know »).

Au pays, pendant les années de conflit, les activités d’organisation interne de la FCFDU sont limitées et seulement deux nouveaux clubs sont établis, portant le nombre total de clubs à 38 et de membres à 3 008 au terme de sa présidence en 1943. Les objectifs de la FCFDU demeurent toutefois au premier plan. Malgré la guerre, en 1942, Dorothy adresse une lettre au premier ministre Mackenzie King dans laquelle elle réclame que son « gouvernement nomme une femme membre de la Commission de la fonction publique… lorsqu’un poste se libérera ». Elle fait valoir qu’en raison de la guerre, de nombreuses femmes occupent des postes au gouvernement et que « le Service sélectif national affectera grandement les Canadiennes détenant une formation universitaire » (Turville, lettre). Sa réponse prend la forme d’un accusé de réception formel où il ajoute en post-scriptum : « Privé. Je n’hésite pas à dire que je suis personnellement très favorable à votre suggestion » (King, lettre).

Dorothy croit que toutes les fédérations membres doivent comprendre les plans économiques les concernant et poursuivre les objectifs de la FCFDU dans toute la mesure du possible. Elle soutient vigoureusement les objectifs de la FCFDU : stimuler l’intérêt des femmes universitaires pour les affaires locales; promouvoir l’enseignement supérieur pour les femmes et encourager la recherche en offrant des bourses d’études; et faciliter les relations sociales entre les femmes diplômées de diverses universités et entre les membres de la FIFDU.

En 1964, l’Université de Waterloo lui rend hommage en lui octroyant un doctorat honorifique en droit (LLD) pour son travail exceptionnel. L’année suivante, l’Université Western Ontario donne son nom à l’une de ses quatre nouvelles résidences pour femmes. À l’Université Western, on se rappelle encore de sa passion pour les voyages et les langues, de ses voyages à l’étranger pour apprendre d’autres langues et de sa réputation d’excellence alors que deux bourses continuent d’être décernées chaque année, une en français, la A. Dorothy Turville Gold Medal, et l’autre en langues modernes et littérature, la Dorothy Turville Undergraduate Travelling Fellowships.

Après sa mort, le 24 avril 1975 en Ontario, Canon Cyril Ladds déclare : « Ada Dorothy Turville était une personne d’un certain type, peut-être trop rare, qui était une bénédiction pour elle et pour tous ceux avec qui elle entrait en contact… une éducatrice exceptionnelle, une femme religieuse et une mécène des arts » (p. 2).

Dans l’avant-propos du Chronicle de 1942, son idéalisme ressort clairement : « La valeur de l’intellectuel intangible ne doit pas être obscurcie, même temporairement, par le prestige du service en uniforme. Autrement, notre foi est sans objet, notre formation est inutile et notre société dégénère. Il revient aux universitaires de participer activement à construire le pays, en particulier la jeunesse, pour préserver le droit et la vérité » (p. 11).

Même si elle connaît les deux guerres mondiales et la Grande Crise, Dorothy consacre sa vie à la création d’un monde meilleur.

Dr. A. (Ada) Dorothy Turville 1895-1975

Ouvrages cités

Coates, Claire and Janet Berton, eds. Sixty Years of CFUW/Soixante Ans de FCFDU Calendar/Calendrier/1980. Canadian Federation of University Women, 1979: 52. Print.

“Did You Know?” What’s New CFUW Newsletter – Oshawa and District 3 (20

Heakes, Mrs. F. V. “Report of the Committee to receive Children of Members of the British Federation of University Women“. Chronicle. 1941. Print.

King, William Lyon Mackenzie. Letter to Dorothy Turville 26 Aug. 1942. Library and Archives Canada, Mackenzie King fonds, MG26-J1, v.336: 288288-9. Print.

Ladds, Cyril. “Eulogy for A. Dorothy Turville.” London, ON: 24 Apr. 1975. Unpublished Speech. Turville Fonds. University of Western Ontario. Print.

Turville, D. “Foreword.” Chronicle (1942): 11. Print.

---. Letter to Prime Minister Mackenzie King. 24 Aug. 1942. Library and Archives Canada, Mackenzie King fonds, MG26-J1, v.336: 288288-9. Print.

---. “Report of the President to the Executive Meeting” Chronicle. 1942: 12-13. Print.

---. “Triennial Report of Membership”. Chronicle. 1937: 20. Print.

---. The Western Gazette. University of Western Ontario. 1939. Print.

Ouvrages consultés

Berton, Janet and Claire Coates, eds. Seventy-Five Years of CFUW/Soixante-quinze ans de FCFDU 1919-1994. Canadian Federation of University Women, 1994. Print.

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women 1940-1943. Dr. Dorothy Turville, President” Chronicle. 1949-1950: 70-71. Print.

Dorothy Turville Scrapbook. A Dorothy Turville Fonds. University of Western Ontario Archives. University of Western Ontario, n.d. Web.

Turville, D. “President’s Message.” Chronicle. 1940: 13-14. Print.

University of Waterloo. University of Waterloo, n.d. Web.

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