Dr. Susan Cameron Vaughan Ph. D. 1871-1961

Présidente de la FCFDU de 1923 à 1926

“Nous devons avoir une vision plus large des grandes choses à réaliser, de celles qui ne le seront peut-être que bien après notre passage et notre époque. ”

 

Susan Elizabeth Cameron voit le jour à Baddeck, en Nouvelle-Écosse, en 1871. Elle est la huitième des neuf enfants (la sixième fille) d’Annie Purves et Alexander Cameron, un percepteur des douanes (Census, 1871 et 1881). Au sortir de la petite école locale, elle poursuit sa formation à l’école secondaire Saint John, au Nouveau-Brunswick, où elle reçoit son diplôme en 1891 ainsi que la médaille d’argent du gouverneur général en anglais (Reid). Admise à l’Université McGill la même année, elle obtient un baccalauréat (avec grande distinction) ainsi que la médaille d’or Shakespeare en langue et littérature anglaise en 1895.

L’Université McGill ouvre ses portes aux femmes à compter de 1884 et ses huit premières diplômées obtiennent un baccalauréat ès arts en 1888. Celles-ci, et celles qui leur emboîtent le pas jusqu’en 1914, sont surnommées les Donaldas, un hommage à sir Donald Smith (lord Strathcona) qui est persuadé que les femmes doivent avoir accès à une éducation postsecondaire. Son don de 1884 à la Royal Institution for the Advancement of Learning (Université McGill) permet l’embauche de personnel chargé d’enseigner aux jeunes femmes dans des classes distinctes de celles de leurs homologues masculins (RVC Website). Il octroie par la suite des fonds pour la construction du Collège Royal Victoria, un magnifique bâtiment à vocation académique, administrative et récréative situé au coin sud-est du campus, qui accueille les étudiantes tant résidentes que non résidentes. Toutes les étudiantes de premier cycle de McGill sont membres du Collège Royal Victoria jusqu’en 1970 (RVC Website).

En 1895, après l’obtention de son baccalauréat, Susan Cameron, l’une des premières Donaldas, enseigne brièvement à l’école de Miss Graham, à New York, avant de reprendre place sur les bancs de l’Université McGill, qui lui décerne une maîtrise en 1899. Elle est nommée maître de conférences au Département d’anglais et est tutrice résidente au nouveau Collège Royal Victoria. Maître de conférences au Département d’anglais de la Faculté des arts de 1902 à 1912, elle devient professeure adjointe en 1918. En plus d’enseigner, elle exerce des fonctions administratives pendant plus de dix ans.

Première « principale » nommée au Collège Royal Victoria après son ouverture en 1899, Hilda Oakley, imitant la pratique britannique, fait modifier son titre pour celui de « directrice », appellation qui demeurera jusqu’en 2008. À son départ, Susan est désignée directrice par intérim pour la première session de l’année 1906-1907, soit jusqu’à la nomination d’Ethel Hurlbatt. Elle devient alors vice-directrice et le restera jusqu’à son mariage avec Walter Vaughan, l’économe de l’Université, en 1918. Susan est l’une des rares enseignantes universitaires de son époque à se marier, et conformément aux coutumes, elle doit renoncer à ses postes de professeure et administratrice. Après leur mariage, Susan et Walter séjournent en Angleterre et en Californie avant de rentrer à Montréal, où il décédera en 1922.

Susan, qui à titre de membre de l’Association des femmes diplômées de McGill était déjà active dans la toute récente FCFDU, en devient la seconde présidente, de 1923 à 1926. Dans l’avant-propos du Chronicle de 1923, après un vibrant hommage à celle qui l’a précédée, elle écrit :

Si la Fédération doit demeurer, ce principe [de coopération] devra être encore davantage reconnu. Nous sommes désormais à l’une de ces nombreuses « époques dangereuses » où les sociétés autant que les individus sont susceptibles de dégénérer. Quand la précocité de l’enfance est chose du passé et que l’autorité qu’apporte l’âge n’y est pas encore, il faut une grande vigilance et beaucoup d’efforts pour maintenir sa réputation (Chronicle, p. 6).

En tant que présidente de la FCFDU, elle dirige l’organisation avec discernement, sensibilité et rigueur intellectuelle.

À la troisième triennale, en 1926, dans son allocution de présidente sortante, elle met en garde la FCFDU contre les pièges de se montrer trop spécifique sur le plan intellectuel et trop à l’écart d’un public par ailleurs dérouté (Chronicle, p. 13). Depuis 1923, le nombre de clubs est en hausse, tandis que le nombre de membres est en baisse. Elle demande pourquoi il en est ainsi, et laisse entendre que les clubs de la FCFDU manquent de souplesse et de vision. Elle dit : « je crois que nous devons faire en sorte que l’intention générale soit suffisamment large et flexible pour accueillir une diversité de personnes » (Chronicle, p. 13). Cela ne signifie pas qu’elle minimise d’une quelconque façon l’importance des bourses de la FCFDU, ou son engagement pour la construction de la salle Crosby et ses liens internationaux, ou ses entreprises intellectuelles, elle s’inquiète qu’une trop grande concentration dans ces domaines soit responsable de la baisse d’intérêt des diplômées universitaires pour la FCFDU.

En 1928, quand des problèmes de santé affectent la directrice Ethel Hurlbatt, Susan est à nouveau invitée à agir à titre de directrice par intérim. Elle conserve ce poste après la démission d’Ethel en 1929, et est officiellement nommée directrice du Collège Royal Victoria en 1931, poste qu’elle occupera jusqu’à sa retraite en 1937. Elle est la première directrice diplômée de McGill. Au cours de son mandat, le nombre de diplômées atteint 112 en 1934.

Même si elle n’en est plus présidente, Susan demeure liée à la FCFDU. À cette époque, « la FCFDU porte une attention constante à trouver des postes pour les lauréates de bourses de retour au Canada » (Pickles, p. 290). En 1934, la FCFDU met en place un Comité de nominations universitaires dont Susan est la première présidente (Russell). Au fil des ans, ce comité dresse un registre de femmes qualifiées prêtes à accepter un poste dans les universités canadiennes. Même si la liste est transmise à toutes les universités, les nominations sont peu nombreuses. Pickles juge pour sa part que : « compte tenu du petit nombre de femmes dans le milieu universitaire à l’époque, le travail [de la FCFDU] a eu d’énormes répercussions » (p. 290).

Susan est considérée comme une personne sachant mettre instantanément à l’aise ses étudiantes tout en leur inculquant le désir d’atteindre l’excellence. Comme on peut s’y attendre, les règles sont alors fort strictes en ce qui concerne le comportement des jeunes femmes du Collège, aussi bien lorsqu’elles sont à l’intérieur de ses murs qu’en congé autorisé. La petite histoire rapporte que, après avoir constaté que certaines avaient reçu des jeunes hommes dans l’élégante salle commune d’une manière légèrement plus familière que ce qui était considéré approprié, elle aurait menacé d’aller travailler à son tricot en leur compagnie tous les soirs…

Ses collègues lui reconnaissent un charme personnel et une grâce qui la servent sûrement bien dans sa mission d’obtenir un statut à part entière pour les étudiantes de l’Université. Elle impressionne les membres de comités par sa clairvoyance et les captive par sa grâce et son humour. Tout comme la FCFDU soutient les femmes de partout au Canada, Susan se consacre, à McGill, à la cause du droit à l’éducation des femmes à une époque où on accorde peu d’attention à leurs besoins. Pendant son mandat à titre de directrice, Susan joue un rôle critique pour faire évoluer les attitudes de McGill, d’une acceptation à contrecœur à la reconnaissance d’un statut à part entière pour les étudiantes dans toutes les facultés, et assorti du droit de participer à l’ensemble des activités universitaires.

Il convient de rappeler que les étudiantes ne sont alors pas autorisées à participer à l’Association étudiante de l’Université McGill (fondée en 1908), son membrariat étant réservé, selon les termes de sa constitution, aux étudiants de l’Université défrayant les frais d’éducation physique. Les étudiantes du Collège Royal Victoria ont leur propre organisation distincte, d’abord informelle, dirigée par la présidente de la dernière année et fonctionnant comme un forum de discussion et un groupe organisant des activités. En 1925, l’organisation devient la Société des étudiantes de McGill, laquelle reconnaît comme membres toutes les étudiantes de l’Université; l’Association des femmes de McGill la remplace en 1931. Dans le journal étudiant The Martlet, ainsi que dans le McGill Daily qui lui succède, on parle alors beaucoup d’admettre les femmes dans l’Association étudiante de l’Université McGill.

Le 22 novembre 1928, le McGill Daily publie un éditorial énonçant que bien que les femmes bénéficient d’un statut égal à celui des hommes, chaque groupe possède ses propres organisations et que leurs responsabilités et leurs membres sont distincts et devraient le rester. Susan Vaughan, directrice par intérim du Collège Royal Victoria, rédige une réponse qui laisse peu de doutes sur le statut des femmes à McGill. Elle y reconnaît que bien que James McGill n’ait pas fait mention des femmes dans son testament, la possibilité que la gent féminine puisse avoir accès à des études supérieures était alors impossible à prévoir, et que lord Strathcona a spécifiquement pourvu pour l’éducation des femmes, un engagement juridiquement accepté par l’Université. Elle fait valoir que le Collège Royal Victoria fait à tous les égards partie intégrante de l’Université et que tous les diplômes décernés à des femmes depuis les huit premiers, en 1888, portent le sceau de McGill.

Cette lettre est considérée à l’origine du changement qui conduira à la reconnaissance d’un statut à part entière pour les étudiantes de McGill. La lutte se poursuivra durant des années, mais les attitudes viennent de commencer à changer.

Susan est directrice du Collège Royal Victoria quand les femmes obtiennent un statut à part entière à McGill, un accomplissement confirmé en 1932 avec l’admission de deux femmes – la présidente de l’Association des femmes de McGill et une représentante élue du Collège Royal Victoria – à titre de premières membres d’office sur les 13 membres du conseil exécutif de l’Association étudiante de l’Université McGill.

En reconnaissance de ses contributions, l’Université McGill lui décerne un doctorat honorifique en droit spécifiant : « elle combine dans une rare mesure les talents d’universitaire et d’administrateur » (Mrs. Walter Vaughan, p. 73). À la même époque, l’Association des diplômés charge Kenneth Forbes de peindre son portrait. Le 5 octobre 1946, elle est élue membre honoraire de l’Association des diplômés de l’Université McGill, « en reconnaissance de ses réalisations exceptionnelles à titre de distinguée diplômée de l’Université McGill et en appréciation de ses contributions à l’Association et à l’Université (Honorary). Deux ans plus tard, le 21 octobre 1948, « En reconnaissance de […] longues années de service en tant que diplômée exceptionnelle », elle est nommée membre émérite de l’Association des diplômés de l’Université McGill (Emeritus). Elle occupe la présidence du Cercle canadien des femmes de Montréal pendant un mandat et au moment de son décès, le 5 novembre 1961, elle est présidente honoraire de l’Association des diplômés de l’Université McGill.

Dr. Susan Cameron Vaughan

Ouvrages cités

Certificate-Emeritus Membership to the Graduates Society of McGill University.” 1948 Susan Cameron Vaughan Fonds. Acc 0000-2457; Item01/30. Print.

Coates, Claire and Janet Berton, eds. “Mrs. Walter Vaughan. CFUW President 1923-26.” Sixty Years of CFUW/Soixante Ans de FCFDU Calendar/Calendrier/1980. Canadian Federation of University Women, 1979. 14. Print.

“Honorary Membership to the Graduates’ Society of McGill University. 1946.” Susan Cameron Vaughan Fonds. Acc 0000-2457; Item11/01. Print.

“Mrs. Walter Vaughan (Susan Elizabeth Cameron)” The Chronicle 35 (1962-63): 73. Print.

“Newspaper Clippings and Obituaries—incl. photocopies. 1930-1961.” Susan Cameron Vaughan Fonds. Acc 0000-2457; Item01/28. Print.

Pickles, Katie. “Colonial Counterparts: the first academic women in Anglo-Canada, New Zealand and Australia.” Women’s History Review 10.2 (2001): 273-298. Print.

Province of Nova Scotia, District No. 5 Victoria, S. District Baddeck. Census 1871. 20-21. Microform.

Province of Nova Scotia, District No. 5 Victoria, S. District Baddeck. Census 1881. 9. Microform.

Reid, Cheryl. Susan Elizabeth Cameron Vaughan. Message to Grace Hollett. 9 May 2016. E-mail.

“Royal Victoria College. The early years. R.G. 42.” (RVC) McGill Archives. Web.

Russell, Susan. “Academic Appointments Committee.” Message to Eleanor Palmer. 10 January 2015. E-mail.

“Summary Sheet.” Susan Cameron Vaughan Fonds. McGill University Archives. Print.

Vaughan, Susan. “Foreword.” Chronicle. 1923: 5-8. Print.

---. “Address of the Retiring President at the Triennial Meeting, August 25th to 27th, 1926.” Chronicle. 1926: 11-15. Print.

Ouvrages consultés

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women. 1923-1926 Mrs. Walter Vaughan, President.” Chronicle. 1949-1950: 64-65. Print.

“Diaries from McGill University Archives.” McGill University Website. Web.

Young, Muriel Watson. “Report of the Education Committee.” Chronicle. 1926: 18-22. Print.

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