Dr. Ursilla MacAlister Macdonnell 1879-1965

Présidente de la FCFDU de 1943 à 1946

”Selon moi, les femmes universitaires doivent être considérées comme des personnes matures suffisamment en contrôle d’elles-mêmes pour pouvoir gérer leurs propres affaires.”

 

« Selon moi, les femmes universitaires doivent être considérées comme des personnes matures suffisamment en contrôle d’elles-mêmes pour pouvoir gérer leurs propres affaires. »

Ursilla Macdonnell mène une vie bien remplie. Doyenne des étudiantes de l’Université du Manitoba, elle mobilise et influence toute une génération de jeunes Canadiennes. Une fois retraitée, à titre de neuvième présidente nationale de la FCFDU, elle continue à faire progresser le rôle et le travail des femmes dans le monde d’après-guerre.

Ursilla Naismith MacAlister naît à Ashton, dans la vallée de l’Outaouais, le 6 mai 1879. Elle est la fille de Margaret White (Greenshields) et de John Masson MacAlister, un pasteur presbytérien, et est élevée avec ses frères James, Alexander et John, et sa sœur Jean. Elle fréquente l’école de la ville d’Iroquois, dans la vallée du Saint-Laurent, puis obtient un baccalauréat de l’Université Queen’s en 1900. Elle enseigne à l’école Glencoe, près de London, et épouse le révérend Logie Macdonnell, de Toronto, au printemps 1905. Le jeune couple s’installe dans l’Ouest et leur fils unique, Ronald, naît à Vernon, en Colombie-Britannique, en 1908. Elle a alors vraisemblablement publié certains textes savants puisqu’elle est désignée, sous le nom de Mme Logie Macdonnell, comme étant l’auteure de Wolfe at Louisburg dans l’ouvrage Hearts of Gold: being chronicles of heroism in Canadian history, publié par l’Association des femmes libérales de l’Ontario en 1915. La vie d’Ursilla change radicalement quand son mari reçoit un diagnostic de tuberculose, qui nécessite un retour en Ontario. Avec son jeune fils, elle prend soin de son mari jusqu’à la mort de ce dernier, le 9 septembre 1915.

Ursilla se réinscrit à l’Université Queen’s et obtient une maîtrise puis un doctorat. Elle précise : « Je voulais être utile et j’aimais par-dessus tout étudier » (Gibbons, « Nominal », p. 11). Le professeur Macnaughton, de l’Université McGill, la remercie pour les recherches qu’elle a effectuées pour son ouvrage Canadian Transport Sourcebook, rédigé principalement en 1917. Trop controversé et considéré comme étant une biographie non conventionnelle de lord Strathcona, l’ouvrage ne sera publié qu’après une révision majeure de W. L. Grant en 1925. En 1920, quand l’Université du Manitoba lui propose le poste de doyenne des étudiantes, elle accepte et signe son contrat sous le nom de U. N. Macdonnell, Ph. D., un nom qui ne semble toutefois être utilisé qu’à la fin de sa carrière universitaire : « Elle n’a jamais été appelée Dre Macdonnell ici, bien que l’University Women’s Club, dont elle est la présidente nationale, utilise ce nom » (Gibbons, p. 11). De nombreux articles publiés dans les pages sociales de journaux locaux confirment que c’est sous le nom de Mme Macdonnell qu’elle est présentée, abordée et mentionnée jusqu’à son élection à la présidence nationale de la FCFDU.

Pendant ses dix premières années à l’Université, Ursilla enseigne l’histoire en plus d’être doyenne des étudiantes. Elle est l’auteure de Gibbon Wakefield and Canada Subsequent to the Durham Mission 1839-1842, publié en 1925 par The Jackson Press de Kingston. Nommée directrice par intérim du Département d’histoire en 1928, elle le demeure jusqu’à ce que le poste soit comblé de manière permanente en 1930. Ses solides diplômes sont reconnus et son salaire dépasse celui des autres professeures. À son entrée en fonction en 1920, elle touche un salaire annuel de 2 800 dollars, soit l’équivalent d’un nouveau professeur adjoint masculin. En 1926, elle gagne 4 000 dollars, alors que les autres femmes reçoivent moins de 3 000 dollars (Kinnear, p. 270).

Ursilla est affectueusement appelée Mme Mac par ses étudiants. En tant que doyenne, elle dispense des conseils aux 250 étudiantes de l’Université en 1920, un nombre qui triplera au fil de ses 24 années de service. Elle assiste fréquemment à des banquets et à des thés, préside des danses et des bals, et fait office de chaperon lors d’une multitude d’événements dont des voyages en train pour accompagner des équipes sportives. Prodiguer des conseils est un rôle clé de ses fonctions de doyenne des étudiantes. Un article consacré à sa retraite indique qu’elle n’offre ses conseils que s’ils sont sollicités, mais qu’elle encourage les étudiantes à parler de leurs problèmes « puisque peser le pour et le contre aide à y voir clair » (Gibbons, p. 11).

Pendant la Grande Crise, outre ses responsabilités universitaires, Ursilla démontre ses habiletés de leader et devient la première femme présidente de l’Association des enseignants du Manitoba en 1933. Quand la guerre éclate, elle est fortement impliquée dans la FCFDU et siège à divers comités et sous-comités à l’échelle nationale. Elle est notamment responsable du Comité permanent sur les nominations universitaires et membre du Comité spécial sur la réinsertion sociale d’après-guerre en 1942. Elle est liée à la Croix-Rouge et signale, au nom de l’Université du Manitoba, que les étudiantes ont tricoté 220 paires de chaussettes à l’automne 1939. Elle fait aussi état du travail effectué par la division du réconfort aux soldats du Comité de la Croix-Rouge du conseil auxiliaire de guerre. Le 24 décembre 1942, en compagnie de son fils Ronald (devenu premier secrétaire du ministère des Affaires extérieures du gouvernement canadien et établi à Washington) et de son épouse, Ursilla assiste à une réception à la maison du lieutenant-gouverneur du Manitoba, Roland F. McWilliams. Pendant les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, Ursilla Macdonnell et Margaret McWilliams (la première présidente de la FCFDU) se côtoient lors de diverses activités sociales et il semble que les deux femmes contribuent à stimuler leurs initiatives mutuelles d’appui à l’effort de guerre.

Devenir la neuvième présidente nationale de la FCFDU, en 1943, peu avant de prendre sa retraite de l’Université du Manitoba, est une progression naturelle pour cette femme scolarisée et indépendante. Peu avant sa retraite, elle acquiert la maison de Kingston, en Ontario, dans laquelle elle vivait avant de s’installer dans l’Ouest. Sa carte de membre de l’UWC de Winnipeg confirme qu’elle y emménage en juin 1944. Ses expériences de vie, tant personnelles que professionnelles, l’ont sensibilisé à la vie des jeunes femmes de son époque et les sujets sur lesquels elle décide de concentrer ses énergies témoignent de son attitude vaillante. Lors de l’une de ses nombreuses allocutions de départ de l’Université, dans des mots qui témoignent clairement de ses propres expériences personnelles, Ursilla prodigue trois conseils aux jeunes femmes vivant dans un pays en guerre. Elle encourage les femmes présentes à réaliser qu’une grande peine ou une perte peut être transformée en une réserve de pouvoir, à se débarrasser de leurs fatuités, et à s’habituer à rechercher la vérité et à profiter de la stimulation qui en découle (« Trained Women », p. 10). Ursilla Macdonnell est une femme pratique qui croit fermement en la force des femmes et qui est convaincue qu’elles peuvent contribuer à transformer la société.

À titre de présidente de la FCFDU, Ursilla pilote le projet national de cueillette de vêtements à expédier dans une Europe déchirée par la guerre. Des lettres sont adressées aux clubs locaux de tout le pays pour solliciter leur aide et leur soutien. De plus, en appui à ses initiatives, les clubs locaux contribuent financièrement à « un fonds qui permettra de remplacer les ressources des bibliothèques et les équipements scientifiques des université bombardées d’Europe » (FCFDU, 9 octobre 1945). Dans son rapport triennal, elle rapporte fièrement qu’au fil de ses trois années à titre de présidente nationale de la FCFDU, elle a visité chacun des 38 clubs du Canada qui existaient au début de son mandat. Sous sa présidence, la FCFDU connaît une croissance impressionnante, tant en termes de nouveaux clubs que des adhésions dans les clubs préexistants, alors que 16 nouveaux clubs sont créés et que le nombre de membres passe de 3 008 à 4 060. Ces augmentations surviennent à un moment qu’Ursilla qualifie elle-même de « particulièrement critique » (Chronicle, 1946, p. 15).

L’essentiel de cette croissance est dû à l’enthousiasme et à la personnalité d’Ursilla. Dans l’avant-propos du Chronicle de 1946, Ruth Crummy, la présidente entrante, écrit : « Le congrès triennal… du 21 au 23 août 1946, est l’issue d’une période de croissance record – en nombre d’adhésions, de projets concrets et de prestige national… L’imagination, la perspicacité et l’enthousiasme de la présidente sortante, Ursilla Macdonnell, et de son comité exécutif sont grandement responsables de cette expansion » (p. 4). Dans le même numéro du Chronicle, la responsable des adhésions, C. W. Sheridan, écrit : « L’essentiel du crédit pour cette croissance spectaculaire revient à notre remarquable présidente, Ursilla Macdonnell, dont le leadership, l’enthousiasme et la solide foi en la Fédération ont inspiré tant les anciennes membres que les membres potentielles » (p. 23). Un procès-verbal manuscrit déposé aux archives de la FCFDU de St. Catharines indique que, le 30 octobre 1944, Ursilla Macdonnell « parle aux femmes présentes des divers projets de la Fédération – comme la réinsertion des femmes dans le monde d’après-guerre, des bourses d’études pour la poursuite d’études supérieures, le registre des femmes diplômées prêtes à occuper des postes de professeurs dans les universités, une bibliographie d’orientations professionnelles à l’intention des étudiantes du secondaire, des bibliothèques itinérantes pour les jeunes enfants de régions éloignées ».

Après sa retraite, Ursilla adhère à la FCFDU de Kingston et demeure active au sein de sa communauté et de son église. Grâce à sa persévérance et à sa quête de savoir, cette femme dynamique qui aimait jardiner, qui s’est mise à la peinture à l’âge de 35 ans et qui lisait Virgile en latin, a laissé une impression durable sur ceux qui l’entouraient en plus de nombreuses réalisations.

Dr. Ursilla MacAlister Macdonnell

Ouvrages cités

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women 1943-1946. Dr. U. N. Macdonnell, President” Chronicle. 1949-1950: 71-72. Print.

CFUW, St. Catharines. Monthly Meeting Minutes. 30 Oct. 1944. Print.

---. Monthly Meeting Minutes. 9 Oct. 1945. Print.

Crummy, Ruth E. “Foreword.” Chronicle (1946): 4. Print.

Gibbons, Lillian. “Nominal Retirement: Women’s Busy Dean Plans Busier Future.” Winnipeg Tribune 3 Mar. 1944: 11. Print.

Kinnear, Mary. “Disappointment in Discourse: Women University Professors at the University of Manitoba before 1970.” Historical Studies in Education/Revue d’histoire de l’education 4.2 (1992): 269-287. Print.

Macdonnell, Ursilla. “Triennial Meeting – Report of the President. August, 1946.” Chronicle. 1946: 15-18. Print.

Sheridan, Mrs. C.W. “Report of Membership Secretary.” Chronicle. 1946: 23. Print.

T., L. M. “Portraits in Miniature: Mrs. Ursilla N. MacDonnell.” Manitoban. 10 Nov. 1931: 2. Print.

“Trained Women Will Help Advance Post-War Projects.” Winnipeg Tribune 1 Mar. 1944: 10. Print.

Ouvrages consultés

“After Exams Dance Held By Students.” Winnipeg Tribune 27 Apr. 1940: 9. Print.

“Arts and Commerce Co-Eds Entertain At Luncheon To Honor Their Graduates.” Winnipeg Tribune 1 May 1940: 10. Print.

“Athletic Awards Presented At Seventh Annual Banquet Of U.S.M.U. Women’s Group.” Winnipeg Tribune 28 Feb. 1940: 8. Print.

CFUW, St. Catharines. Monthly Meeting Minutes. 25 Sept. 1945. Print.

Gibbons, Lillian. “An Album of Winnipeg Women: Mrs. Logie Macdonnell.” Winnipeg Tribune 20 Oct. 1934: 10. Print.

“Government House Reception Follows Legislative Opening.” Winnipeg Tribune 8 Feb. 1944: 8. Print.

“Liberal Women Hear Mrs. U. N. Macdonnell.” Winnipeg Tribune 10 Feb. 1944: 9. Print.

“Mrs. Ursula Macdonnell Makes Her Farewell Speech as Dean of Women.” The Manitoban 1 Mar. 1944: 3. Print.

“News Of Social Activities.” Winnipeg Tribune 16 Dec. 1942: 10. Print.

“News Of Social Activities.” Winnipeg Tribune 24 Dec. 1942: 8. Print.

“News Of Women’s Activities.” Winnipeg Tribune 11 Nov. 1943: 8. Print.

“Plans Completed For Annual University Color Night.” Winnipeg Tribune 3 Mar. 1942: 8. Print.

“President Of University Commends Students For Good Record Of Enlistment.” Winnipeg Tribune 10 Mar. 1942: 8. Print.

“Reception At Coast For Dr. U. N. Macdonnell.” Winnipeg Tribune 25 Apr. 1944: 10. Print.

“Reception Is Honor For Dr. Macdonnell.” Winnipeg Tribune 13 May 1944: 10. Print.

“Red Cross Speakers.” Winnipeg Tribune 28 Nov. 1939: 11. Print.

“Social Security Called ‘New Light On The Horizon’.” Winnipeg Tribune 28 Apr. 1943: 10. Print.

“Speaker Offers Plans For Work For Women After War.” Winnipeg Tribune 14 Mar. 1944: 8. Print.

“Students Receiving Awards Honored By Arts Faculty.” Winnipeg Tribune 20 Mar. 1942: 8. Print.

“Two Share Honors At University Reception.” Winnipeg Tribune 21 Apr. 1944: 8. Print.

“Women’s News Section.” Winnipeg Tribune 6 May 1944: 9. Print.

Wright, Donald A. The Professionalization of History in English Canada. Toronto: University of Toronto Press, 2015. Print.

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