Mabel Chown Thom 1879-1946

Présidente de la FCFDU de 1931 à 1934

“En réponse aux demandes… voulant que nous fassions partie de communautés nationales ou internationales ou d’une ligue… on vise toujours les femmes exceptionnelles, en négligeant ce qu’une femme ordinaire peut apporter par son enthousiasme et son soutien intelligent.”

 

Mabel naît en 1879 à Fonthill, dans la région du Niagara, en Ontario. Ses parents, Mary Richardson et le révérend Edwin A. Chown, sont issus de deux familles bien en vue dans la vie sociale et commerciale de leurs communautés. Son père étant pasteur itinérant, la famille déménage souvent de paroisse, en Ontario et dans l’Ouest. Quand des problèmes de santé le poussent à prendre sa retraite, en 1896, la famille s’établit à Toronto, ce qui permet à Mabel de fréquenter l’Université de Toronto.

Dans le Torontonensis de 1900, Mabel est décrite comme une jeune femme très populaire et l’une des étudiantes les plus aimées. Dépeinte comme étant « jolie, pleine d’esprit et agréable », elle est présentée dans les termes qui suivent :

Fille d’un pasteur méthodiste, Mabel Chown se distingue comme ayant fréquenté plus d’écoles secondaires et de collèges que toute autre étudiante de Victoria. On ignore si cela explique ses succès dans le domaine qu’elle a choisi, les langues modernes, mais elle a certainement démontré qu’elle est une brillante étoile. Au cours de la dernière année, mademoiselle Chown a été la première vice-présidente de sa classe, critique pour la Women’s Literary Society et membre de l’équipe éditoriale de l’Acta Victoriana. Ses qualités sociales en ont fait l’une des favorites parmi ses camarades de classe, mais aussi parmi les étudiantes en général (« Women », p. 87).

Ses dons naturels de leader, son érudition, sa cordialité et sa pensée critique sont des caractéristiques que Mabel conservera toute sa vie durant.

Deux femmes semblent avoir une grande influence sur Mabel. D’abord sa mère, Mary, décrite comme une personne « vive d’esprit, pleine d’entrain et intéressée par les gens », en mesure de s’exprimer lors de n’importe quelle réunion « si elle est le moindrement en colère ». Puis, il y a sa tante, Alice A. Chown, une féministe avant l’heure et une leader du mouvement des femmes, qui revendique une plus grande liberté et une plus grande indépendance économique pour les femmes, dénonce le mariage comme étant le plus grand frein jamais créé, et qui assistera, en 1930, au congrès international des femmes pour la paix et la liberté, à La Haye.

Entourée de telles femmes fortes, il n’est guère surprenant que Mabel entreprenne, en 1903, de concert avec 22 femmes de 7 universités, de former un club de diplômées vivant à Toronto. Mabel n’a que 24 ans quand elle devient la première présidente de ce qu’on appelle alors l’University Women’s Association. Comme elle, les autres membres songent à créer une fédération canadienne de femmes universitaires.

Il appert clair que Mabel n’adhère pas aux idées de tante Alice à propos du mariage quand, en 1905, âgée de 26 ans, elle épouse Douglas John Thom, un diplômé en droit de l’Université de Toronto qui vient de s’installer à Regina pour y établir sa pratique. Leur mariage est célébré à Toronto par le père de Mabel, assisté du père du marié, le révérend James Thom. Les jeunes époux quittent ensuite pour Regina, où ils passeront le reste de leur vie.

Mabel mène une vie sociale active et le couple est très impliqué dans sa communauté. Leurs vies tournent en particulier autour de la vie éducative et culturelle de Regina, notamment avec la Société orchestrale et le Petit théâtre. Ils sont membres de deux organisations caritatives communautaires, la Civic Relief Society et la Community Chest, de même que de leur Église.

Selon leur belle-fille, Mabel, mère de quatre enfants, est une femme très organisée qui assure une bonne gouvernance. Elle aime recevoir pour le thé et le dîner et accueillir famille et amis. Sa jolie maison, sur la rue College à Regina, est le site de nombreux rassemblements sociaux associés à la pratique de Douglas et aux activités de bénévolat de Mabel.

Elle joue un rôle de premier plan dans la Croix-Rouge canadienne, à l’échelle locale et nationale, la Women’s Missionary Society, le Conseil local des femmes et le Cercle canadien des femmes. De toutes ses activités, sa préférée est toutefois l’UWC de Regina, désormais la FCFDU de Regina, et son engagement envers les objectifs et le travail de la FCFDU se maintiendra tout au long de sa vie.

En mars 1919, on assiste à une nouvelle tentative visant à regrouper les UWC canadiennes existantes en une fédération nationale. L’entreprise est couronnée de succès en août quand des déléguées de six clubs, dont Mabel, se rendent à Winnipeg pour la réunion inaugurale de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités. Mabel est une « artisane principale » de cette initiative et elle devient seconde vice-présidente de la nouvelle organisation, amorçant une participation de 15 ans dans l’équipe de direction.

Au moment où la FCFDU est formée, une fédération internationale est aussi créée. En 1920, à Londres, a lieu la première réunion de la FIFDU et le Canada est membre en règle. Les objectifs de la FIFDU sont de favoriser la paix et d’encourager la compréhension internationale, des buts qui sont chers à Mabel. En 1924, sous la présidence de Susan Vaughan, Ph. D., une délégation de cinq Canadiennes, dont Mabel, se rend en Norvège pour le troisième congrès de la FIFDU. Des comités sont alors établis pour travailler avec la Ligue des nations et examiner le statut des femmes mariées.

Lors de la 4e triennale de la FCFDU, à Vancouver en 1928, Mabel devient première vice-présidente, servant au conseil exécutif et se rendant à Toronto pour des réunions et des remises de bourses avec les autres membres de l’exécutif de la FCFDU. En 1931, elle devient la cinquième présidente de la FCFDU. Après la triennale de 1931, Mabel donne suite à une proposition adoptée par les membres et veille à ce que le Chronicle soit publié chaque année et distribué sans frais à toutes les membres des clubs affiliés.

Au début de la Grande Crise, Mabel incorpore à sa présidence des objectifs de paix et de compréhension. En février 1932, dans une lettre claire et bien ficelée adressée au président de l’Université de Toronto, elle dénonce une résolution récemment adoptée par le conseil des gouverneurs qui interdit aux femmes mariées d’occuper un poste à l’Université (Chown). La lettre, publiée dans le Globe de Toronto et bénéficiant de l’appui d’autres groupes féminins, mène à une conclusion favorable.

Sous le leadership de Mabel, les clubs de la FCFDU signent une pétition en faveur du désarmement et tiennent des réunions où diverses préoccupations internationales sont discutées, de la montée de Mussolini en Italie aux événements en Mandchourie. Au cours de sa présidence, une délégation canadienne est envoyée à Genève pour assister à une conférence sur la limitation et la réduction des armements. En 1934, année où Hitler prend le titre de Führer, Mabel préside la 6e triennale de la FCFDU à Edmonton, où deux enjeux internationaux sont discutés : les horreurs subies en Allemagne par certains segments de la population, en particulier les juifs; et le drame vécu par les femmes universitaires d’Europe qui se font interdire l’accès aux installations et retirer leur poste.

Ces questions revêtent une grande importance pour Mabel. Le droit des femmes à poursuivre des études universitaire est une cause qui lui est chère. Elle s’est assurée que ses deux filles, Mary (n. 1912) et Alice (n. 1915), étudient à l’université autant que ses fils, Stuart (n. 1907) et Edwin (n. 1910). Lorsqu’au cours d’une interview réalisée pour la revue Saturday Night, alors qu’elle est présidente, J. R. Bothwell lui demande quels sont les avantages d’une éducation universitaire pour une fille, elle explique :

Les avantages d’une formation universitaire sont les mêmes pour une fille que pour un garçon, hormis que le besoin est plus grand pour les filles. Une éducation universitaire apporte notamment un esprit bien formé et une largeur d’esprit, une plus grande intelligence et davantage de sympathie humaine, la capacité d’entreprendre des choses de valeur et la stabilité nécessaire pour les mener à terme, le courage de résister au préjudice et d’influencer une meilleure attitude chez ses associés. Je vois comme souhaitable ce développement de l’esprit et de l’âme. La possibilité de gagner sa vie et l’indépendance économique devraient pouvoir en découler, mais une formation universitaire ne devrait pas être considérée comme un mécanisme menant à un poste.

La FCFDU apprécie grandement les qualités de leadership de Mabel. En 1932, elle est chaudement accueillie par un club de Toronto où son rôle dans la création de la FCFDU et son leadership incessant sont reconnus. Mabel consacre ses dernières années à poursuivre ses bonnes œuvres et à profiter de ses sept petits-enfants. Ian Thom, l’aîné de ceux-ci, se rappelle affectueusement d’elle, travaillant à sa tapisserie tout en buvant une tasse de thé sur le porche avec sa mère, Moira, tandis qu’il jouait sur la pelouse.

En 1946, à 68 ans, Mabel succombe à une crise cardiaque. Sa fille Mary rapporte qu’elle est restée active jusqu’à la fin et est morte paisiblement pendant une sieste d’après-midi. En 1949, on se rappelle d’elle dans l’histoire du club de la FCFDU de Regina comme une « membre fidèle » et une « ancienne présidente respectée ». La Bourse commémorative Mabel Thom est octroyée à sa mémoire.

Brillante étoile à l’université, Mabel est aussi une brillante étoile dans les cercles de la FCFDU. Tout au long de sa vie et dans tout ce qu’elle touche, son étoile brille et son « esprit aiguisé et cultivé » apporte une contribution significative à la FCFDU et aux femmes de partout.

Mabel Chown Thom

Ouvrages cités

Bothwell, J. R. “University Women.” Saturday Night. Archives of The University Women’s Club of Toronto, Series 1439, File 8 (1960-2002). Print.

Chown, Mabel C. “A University Question.” Globe. 8 Feb 1932. Print.

“Women of 1900: Mabel Louise Chown.” Torontonensis. 1900: 87. Print.

Ouvrages consultés

Berton, Janet and Claire Coates, eds. “Mrs. Douglas J. Thom”. Seventy-Five Years of CFUW/Soixante-quinze ans de FCFDU 1919-1994. Canadian Federation of University Women, 1994: 19-20. Print.

Chown, W.F, comp. The Descendants of Roger Chown and Sarah Thorn, Ottawa, n.p. 1941.

CFUW, comp. “History of the Canadian Federation of University Women. 1931-1934 Mrs. Douglas J. Thom, President.” Chronicle 1949-1950: 68. Print.

“Elected Toronto Woman University Federation Head.” August 1928. Clipping, Source unknown. Print.

“Executives of University Women.” Globe 26 Aug. 1927. Print.

Lesser, Moira Thom. Interview by Heather Thom. Sept. 2013.

“National Presidents Feted by University Women’s Club”. Globe 16 June 1932. Print.

“Program”. Thom Collegiate Institute Official Opening, 22 Jan. 1964. Regina, Saskatchewan. Print.

“Rebel with a Cause.” The Toronto Star Saturday Magazine 4 Mar. 1989. Print.

“Vic Report.” Summer 1983. Print.

“Was First President.” Clipping. Source and date not recorded. Print.

Wolfe, Mary (1912 - ) Interview by George Wolfe. Nov. 2013.

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